Début - 1900
À la fin du 17ème siècle, Lausanne est une bourgade de quelque 6’000 habitants. La vallée du Flon est alors une vallée naturelle, inhabitée, au fond de laquelle coule une rivière, le Flon. Quelques moulins et de nombreuses vignes bordent son cours et ses flancs.
Vers 1740, la famille Mercier, famille protestante d’origine française, s’installe en bordure du Flon afin d’y fonder une tannerie. La tannerie prend rapidement de l’essor et se transforme peu à peu en industrie réputée hors des frontières nationales.
Avec le début du développement industriel au 19ème siècle, de nouvelles scieries, foulons et tanneries s’installent dans la vallée du Flon, s’accompagnant d’une mauvaise réputation liée à l’activité malodorante du travail du cuir : les Lausannois évitent le lieu.
En 1832, une épidémie de choléra incite la Ville à procéder au voûtage du Flon et de la Louve, autre rivière traversant Lausanne.
Les pouvoirs publics, souhaitant faciliter les communications à l’intérieur de la topographie accidentée de Lausanne, débutent ainsi le comblement du Flon en amont en 1836, ainsi que la réalisation d’une ceinture de faible dénivellation achevée une dizaine d’année plus tard qui nécessite la construction du Pont Pichard, avec sa double rangée d’arches s’élevant à 25 mètres (Grand-Pont actuel - 1839 à 1844).
Des entrepreneurs courageux, dont, notamment l’ingénieur cantonal Louis Gonin (1827 - 1898) et le tanneur Jean-Jacques Mercier-Marcel (1826 - 1903) soumettent en 1868 un projet ambitieux à la Ville, soucieuse de participer à l’essor industriel : la création d’une gare de marchandises pour un futur chemin de fer reliant Lausanne et Ouchy, accompagnée d’un centre d’entrepôts, et la canalisation vers Lausanne des eaux du Grenet et du Lac de Bret qui fourniront, entre autres, l’énergie nécessaire pour le fonctionnement du chemin de fer.
Le 12 mars 1874, la Compagnie du Chemin de fer Lausanne-Ouchy et des Eaux de Bret (ancêtre du Groupe LO), est fondée afin d’assurer le transport des hommes et marchandises entre le port d’Ouchy, la gare de la ligne Jura-Simplon d’alors, et la place Saint-François. La Compagnie devient propriétaire de toute la vallée en contrepartie de la prise en charge des frais de l’ensemble des travaux qui débutent en juin suivant et dureront plus de 40 ans.
La terre excavée des tunnels creusés entre Lausanne et Ouchy sert au remblaiement du Flon en aval du Grand-Pont. La première rangée des arches du Grand-Pont disparaît ; la gare et le funiculaire du Lausanne-Ouchy sont inaugurés en 1877 ; la vallée est aplanie peu à peu permettant la construction de nouveaux bâtiments dont l’Entrepôt fédéral qui ouvre ses portes en 1885.
Les entrepôts se construisent très rapidement sur la plate-forme du Flon, au fur et à mesure du tassement des remblais, et selon le schéma orthogonal fixé par les dessertes des voies du chariot transbordeur, dont la trame est encore visible aujourd’hui.
1900 - 1950
Au début du 20ème siècle, la plate-forme du Flon est devenue la principale gare de marchandises de la Ville de Lausanne qui compte alors environ 47'000 habitants.
Les constructions, au départ, légères, accueillent de nouveaux bâtiments en dur : béton et pierre.
L’entreprise familiale se transforme peu à peu en société de gestion des nombreuses surfaces immobilières qu’elle acquiert au fil du temps, devenant l’un des grands propriétaires fonciers de Lausanne.
En raison du développement rapide de la plate-forme, des discussions sont établies entre la Commune et la Compagnie. Elles concernent l’ordonnance des constructions et n’aboutissent qu’en 1930, date à laquelle est signée une Convention fixant l’implantation des bâtiments et en limitant la hauteur (à l’époque, la limitation de la hauteur avait pour objet la préservation de la vue du Jura depuis le Grand-Pont). Ses bases resteront valables jusqu’en 1980.
1950 – PPA
Au début des années 1950, l’intérêt de disposer d’entrepôts diminue. La Ville et les Entrepôts Fédéraux, notamment, quittent le Flon. De plus, la plate-forme est désormais raccordée au reste de la Ville et son réseau ferré n’a plus de raison d’être. L’ancêtre du Groupe LO assure désormais essentiellement le transport de passagers entre Ouchy, la gare et le Flon, et gère les halles de stockage.
La vocation première de gare de marchandises du Flon n’est plus. Des bâtiments se vident, certains se transforment en bureaux, d’autres, grâce à un loyer très bas, accueillent entre autres le MAD (discothèque Moulin à Danses) et nombre d’artisans et d’ateliers d’artistes. N’ayant rien perdu ni de son attrait, ni de son caractère d’échange urbain, le Flon se mue sans crier gare en un quartier original, créatif, branché où l’on travaille, commerce, s’instruit, se cultive et s’amuse... Cependant, l’état de ses bâtiments se détériore.
En effet, l’autorité municipale cherche à canaliser cette créativité jugée parfois débordante et l’on assiste à une succession malheureuse de plans de quartiers. De plus, les pouvoirs publics placent en 1973 la plate-forme du Flon dans une zone bloquée par des arrêtés fédéraux urgents sur l’aménagement du territoire : un plan partiel réglant l’ensemble des problèmes est requis. Finalement, cet enchaînement de projets et contre-projets aboutira, en juin 1999, à l’adoption du Plan partiel d’affectation élaboré par le Service de l’Urbanisme de la Ville de Lausanne.
Entre temps, en 1984, la Compagnie du Chemin de fer Lausanne-Ouchy se sépare de ses activités de transporteurs, qui seront désormais assurées par les Transports lausannois de la Ville, et se concentre sur la gestion et le développement de son patrimoine immobilier. Elle adopte alors sa raison sociale actuelle : LO Holding Lausanne-Ouchy SA, abrégée « Groupe LO », ou plus familièrement, « LO ».